Vendredi 5 juillet 1996
50ème jour, Moissac, repos


On a pu un peu dormir ce matin, puis nous nous sommes préparé un petit-dejeuner de luxe. Nous avons traîné et sommes partis à Moissac en bateau à 11h. Là, on a fait plein de choses plus ou moins utiles, comme laver nos habits, dépenser notre argent, boire des cafés, aller à la poste pour rien, car rien n'était arrivé de Suisse pour nous, bouh... Petites courses et rentrée à pieds (ça vous étonne ?). Soins à Charly qui en a déjà marre d'être attaché et voilà comment on arrive sans trop de peines à passer une journée de repos. Sans rien faire...

Nous avons fait beaucoup de photos de Moissac, de l'abbaye et tout cela sous une petite pluie fine !!! Quand est-ce que l'été arrive ??? Où est-il bloqué ???
Samedi 6 juillet 1996
51ème jour, Moissac, St-Porquier, 16 km


Lever à 7h. Petit-déjeuner à la cuisine pour ne pas réveiller les étudiants allemands qui sont arrivés hier soir et départ pour Moissac. Nous trouvons de l'orge et de l'avoine pour Arziquiquet chez un marchand de cacatoès. Ces gens-là ont des ressources insoupçonnées. Le guide est arrivé en poste restante. Nous découvrons avec joie et émotion les deux premiers polaroïds d'Ignace.

Un dernier petit café sur une terrasse, retour au gîte, bâter Charly, à qui nous découvrons deux nouveaux trous. Vu leur emplacement très bas sur le dos, nous sommes convaincus que cela ne vient pas du frottement du bât. Mais alors, qu'est-ce ? Du céleri sauvage, comme sur le genou de Sandra ? Nous longeons le canal latéral de la Garonne. Quelques écluses, gravir le bas-côté d'un pont pour redescendre de l'autre représente les seuls dénivelés et difficultés de la journée. Que voilà un chemin sympathique et respectueux de nos mollets. Nous croisons quelques pénichettes paresseuses. Nous décidons de longer le canal du Midi, Toulouse, Carcassonne, Béziers, au lieu de suivre le chemin d'Arles. Après Toulouse, selon les informations touristiques dont nous disposons, c'est soit une piste cyclable, soit un GR. L'hébergement devrait être plus simple. Par contre, ici, c'est camping sauvage le long du canal. Je vais acheter des boissons ; le magasin du village voisin étant fermé, je prends le taxi-brousse jusqu'au village suivant. De retour, nous terminons le montage de la tente, qui est plus petite et moins pratique que l'ancienne. M. McKinley n'a probablement jamais passé la nuit dans une de ses tentes.

Nous découvrons finalement que Charly mange les coques de melon, qu'il dédaignait auparavant. Peut-être est-il affamé ? Il est trop drôle avec son demi-melon dans la gueule, en train de le secouer pour essayer de le couper.

Le sol est mal plat, mais comme nous avons marché, nous n'avons pas trop de difficultés à dormir.


Fini les montées et les descentes ! Ils ont décidé de suivre une espèce de rivière glauque d'un monotone, je ne vous raconte pas. Pas de vache pour papoter, pas de boulangerie pour quémander un bout de pain sec, rien. Sur le chemin de halage, les quelques bateaux qui naviguent sont les seules distractions de la journée...
Dimanche 7 juillet 1996
52ème jour, St-Porquier, Grisolles, 26 km


Jour néfaste, mes amis ! On se réveille et il tombe une toute petite pluie sur notre nouvelle tente. On commence par traîner au lit puis on se décide à se lever et à lever le camp.Il pleuvine jusqu'à Montech. Là, on fait quelques courses et la pluie redouble. Mais on se dit naïvement (ou stupidement) que cela va se lever, et on repart.

Ce seront 4 heures de marche sous une pluie battante, avec comme seul abri possible les ponts qui traversent le canal. On arrive à Dieupentale, un passant nous indique un hôtel, qui nous refuse. Et un autre, qui nous refuse aussi. On téléphone à Grisolles, l'hôtel local nous accepte. La pluie a cessé, mais il fait froid. Une petite heure de marche et nous trouvons l'hôtel (Logis de France), où les gens sont très accueillants. On met Charly dans l'ancien enclos des chèvres naines. On soupe, on a pris froid (moi surtout), on pense sérieusement à rentrer, surtout si l'été continue à être pourri. Il fait 13° vers 18h ce soir. BERK !

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Avec deux jours de retard, ou de recul, cela dépend du point de vue, nous constatons que ce dimanche était le 7ème jour du 7ème mois de l'année 1996, et que nous venions de passer les 7 semaines de voyage et nos 700 km. Comme quoi Einstein avait raison, il n'y a pas de hasard. C'est pourquoi, afin de vaincre ces éléments ligués contre nous, nous avons décidé de continuer, en s'offrant néanmoins un peu d'aide divine !
Lundi 8 juillet 1996
53ème jour, Grisolles


Mouillés, fatigués et un peu démoralisés, nous décidons de nous accorder un peu de repos. Charly papote avec trois chèvres naines dans son petit parc. Le temps est meilleur, mais il fait toujours froid.

Profitant du téléphone et des annuaires de l'hôtel, nous essayons de trouver un rapatriement. SNCF, c'est possible, c'est possible de 5 à 6000,- FF, il faut réserver le wagon trois jours à l'avance, ça représente trois jours de voyage avec Charly, il faut trouver de la paille et aller à la gare. Rien du côté des centres équestres et associations locales contactées. Un éleveur d'ânes d'Albi nous conseille de louer un utilitaire chez Eurocar, et hardi petit. Nous n'avons pas nos permis, nous sommes un peu inquiets du confort de Charly et des odeurs à la rédition du véhicule.

Un transporteur privé peut nous conduire à Genève le week-end, FF8'000,-. Nous décidons finalement de l'utiliser pour faire un saut de puce, et ainsi éviter Toulouse. Le rendez-vous est pris pour le lendemain à 7h30. Sandra a pris froid hier, elle se mouche et se meurt. Nous nous reposons, soignons Arziquiquet, regardons des téléfilms niais, le tour de France paralysé par la neige (-5° au col de l'Iserand). Bonsoir. Merci au relais des Garrigues, très sympa et arrangeants. Pardon à leur jeune chien pour les coups de sabots de Charly, qui n'aime pas qu'un chien fou lui saute dessus et le lui fait savoir...


Jamais encore, de toute ma vie aventureuse, je n'avais vu ça : des chèvres bonsaï. Minuscules. Mais tellement sympathiques. Comme nous ne croisons plus de vaches depuis quelques temps, je crois que je vais me mettre au langage des chèvres. Il faut savoir vivre avec son temps, la formation continue reste le meilleur remède contre le chômage.
Mardi 9 juillet 1996
54ème jour, Grisolles, Catelnaudary, Villepinte, 123km (mais pas à pied)


Nous sommes prêts devant l'hôtel à 7h30 quand le van arrive. Première surprise. C'est un van double, deux essieux, tiré par une Peugeot 405 qui doit à peine être plus lourde que la remorque. Charly monte sans discuter. Le cauchemar commence. Le monsieur, une soixantaine d'années, nous explique que c'est normalement son fils qui fait ces transports, mais qu'il n'est pas disponible. Il force les priorités, colle les camions sur l'autoroute, oublie son clignotant sur des kilomètres, attend la dernière seconde pour s'arrêter au péage. C'est désagréable même pour nous. A la sortie de l'autoroute, il néglige violemment un stop et là, crac, police nationale. Pendant qu'il règle ses petites affaires, le policier vient papoter avec moi. Le chauffeur semble avoir déjà perdu pas mal de points, et le gendarme s'inquiète pour notre âne. Il a travaillé à Ferney-Voltaire, et nous indique le chemin de halage à prendre, très serviable. Le chauffeur nous dépose au pont de Castelnaudary. Il caille terrible. Charly est un peu tremblotant. Je pars aux renseignements touristiques. Rien, car ici, ils ne font que louer des bateaux. Je demande si ils ont un modèle avec box, mais non. Donc nous bâtons et nous reprenons le chemin le long des berges du canal du midi. Il est encaissé et à l'abri du vent. Nous arriverons rapidement, après pause Juste sèche, cochonou et Mimolette pain rassis, à Villepinte. Le camping accepte Charly. Nous nous installons, quelques courses, puis nous planifions les jours suivants. Nous allons atteindre Carcassonne, mettre Charly dans un centre équestre, et nous-mêmes dans un hôtel Best Western à la Cité. Il vente beaucoup dans la région. En parlant avec le policier, je lui disais " nous avons pris le van pour éviter Toulouse ", et il me répondit " il y a toujours du vent par ici. Quand il n'est pas du sud, il est du nord. "


René omet de dire qu'il achète le pain par demi livre, ce qui a provoqué une grande hilarité. Chez moi, bien entendu.


Et voilà, cela ne cessera donc jamais, l'autre bipède à chapeau nous fait un nouveau caprice. Il s'est mis en tête de monter sur mon dos. Comme si porter leur barda ne suffisait pas. Bon d'accord, il est maigre, mais faut pas pousser, on n'est pas en Afrique du nord. Enfin, j'ai fait semblant de ne pas m'en apercevoir, j'ai continué à brouter.
Mercredi 10 juillet 1996
55ème jour, Villepinte, nowhere (le bord du canal, 5km avant Carcassonne), 27km


Lever pénible car le petit matin était très froid, et départ. Arrêt à la boulangerie (eh oui) et on se rend compte que l'assiette de Charly est restée au camping. Je pars en avance avec Charly et René retourne la chercher. On quitte Villepinte à 9h. Et depuis ce moment, nous avons longé le canal du midi sur de nombreux kilomètres. Nous avons vu des écluses, des pénichettes, des coureurs et des vélos. Charly a beaucoup râlé et nous nous sommes arrêtés au bord du canal, en hauteur, pour éviter les joggers. La tente a déjà nécessité une réparation, et René est très fâché d'avoir dû la recoudre. Nous avons mangé un cassoulet digne de Pouille Pouille (chat de Jôsiane) pour le souper, pas de douche et dodo. Heureusement qu'il fait beau !


Je sens que je vais mourir d'ennui ! Et ce soir, pour couronner la journée, ils ont établi le camp à côté du chemin sur lequel plein de citadins et leurs gros chiens font leur jogging. Comment vais-je pouvoir dormir ?
Jeudi 11 juillet 1996
56ème jour, Nowhere, Carcassonne, 14km


Nuit agitée pour Sandra. Je ronfle (prétend-on), la voie SNCF est proche, et son nez est bouché. Lever à 7h. Il fait froid, c'est devenu une habitude. En chemin, nous croisons beaucoup de joggers, il semble que tout Carcassonne fait son exercice matinal au bord du canal. Nous arrivons au centre-ville peu après 9h. Charly est la star, comme d'habitude. Nous montons jusqu'à l'entrée de la Cité, et nous prenons la direction du lac de la Cavayère, où nous laisserons Charly. La route est plus longue que prévue, car elle fait un grand détour. Au centre équestre, trois poneys qui partent en ballade refusent de croiser Charly. Le premier cavalier doit mettre pied à terre pour passer. Charly est ripoliné et mis au box. Nous retournons vers la Cité, en suivant le GR36 qui coupe par dessus la colline et nous fait gagner deux kilomètres. La Cité est envahie par les touristes. Nous passons inaperçus sans Charly. Seule l'odeur pourrait éventuellement nous distinguer. L'hôtel du Donjon a fait une erreur avec les réservations, et nous offre une suite pour le prix d'une chambre. Nous sortons nous promener, faire quelques achats, quelques cadeaux, laver nos habits et écrire nos cartes postales. Lorsque nous revenons dans la Cité, c'est beaucoup plus calme. Et c'est bon de ne pas avoir Charly pendu au bout de la corde.


D'accord, cela fait quelques jours que je râle. Mais c'est cruel de m'abandonner dans le box d'un centre équestre perdu au milieu de nulle part quand on sait qu'ils vont en ville pour se divertir. Et moi, on me dit de me reposer gentiment pour pouvoir mieux me pousser le lendemain. Je commence à les connaître, leurs tours. Je ne dormirai pas, rien que pour les embêter.

February 22, 2012