Vendredi 12 juillet 1996
57ème jour, Carcassonne, Beauvoir, 16km


Qu’il est bon de se réveiller dans un lit douillet ! De se faire servir le petit déjeuner dans la chambre... Nous avons pu joindre la douane et il n’y a aucun contrôle vétérinaire pour la rentrée. Youpi tralala. Nous faisons de derniers achats et nous prenons un taxi pour rejoindre Charly. On le sort de son petit box, et on le bâte. Départ sur les conseils du gérant du centre équestre, et on se perd. Nous continuons, nous demandons notre chemin et débouchons sur une nationale. Nous n’avons pas le choix, il faut la suivre et traverser Trèbes, où les automobilistes sont vraiment trop stupides. On s’arrête au bord du canal, contents d’être encore en vie. Et là, un journaliste de la Dépêche du Midi vient nous interviewer et nous prendre en photos... On verra ça ! Depuis là, on a suivi le calme canal du Midi, joli à souhait. On s’est arrêté près de l’Aude et d’un barrage, et dodo.


Quelqu’un s’est rendu compte du sort injuste qui m’était fait ! Un monsieur est venu enquêter sur mes conditions d’esclavage. Il a même pris des photos...A ce petit jeu, ils perdent à chaque fois. C’est moi que les gens veulent en photos, et je vois bien que ça les agace.
Samedi 13 juillet 1996
58ème jour, Beauvoir, Homps, 20 km


Réveil à 5h45, lever à 7h. Les bonnes résolutions s’effilochent. Arziquiquet est fantasque ce matin, il ne veut pas être bâté. Nous partons pour Marseillette. Quelques carottes et un bout de petit pain aux raisins amélioreront l’humeur du zâne. Nous réservons un logis de France pour ce soir, et complétons notre pique-nique. Nous marchons le long du canal, toujours plat.

Les touristes en pénichette nous font signe de la main et nous photographient. Nous sourions niaisement. Pause-midi à la halte de Puichéric. L’écluse est décorée de sculptures un peu "out". Mais il y a des bancs, des tables, de l’ombre et ô luxe, un robinet d’eau fraîche. L’après-midi, nous poursuivons jusqu'à Homps. L’hôtel est au bord du canal, Charly est parqué un peu plus loin sur le talus. Nous avons oublié sa cuvette à midi et il doit boire dans un petit bac de plastique. Il tire pas mal sur la corde. Nous sommes un peu inquiets, un bande de jeunes un peu allumés rôde dans les environs, le 14 juillet approche, nous craignons pour le repos de notre porte-bagages. Nous sommes fatigués et l’ambiance s’en ressent parfois. Tendu. Cependant, nous hésitons encore à décider de rentrer. Nous fixons Béziers comme prochain but.


A quoi pensent-ils ? Ils ont oublié mon assiette. Tout ce qu’ils ont trouvé pour me donner à boire, c’est un tupperware où j’ai de la peine à mettre le nez ! ! ! Rien ne va plus.

J’exige des conditions de vie meilleures, ou je fais la grève. Non mais des fois...
Dimanche 14 juillet 1996
59ème jour, Homps, Mirepeisset, 23 km


On se lève tranquillement, on fait ces satanés sacs, et on va déjeuner sur la terrasse au bord du canal. L’âne équipé, nous partons. Le canal virevolte, il fait très chaud, mais les allées de platanes nous protègent. On arrive à Paraza pour la pause et nous pique-niquons sur des tables au bord du canal (ça devient monotone). On repart après une petite sieste, et l’on refait une pause (une pause où l’on se croirait en vacances) au Somail, joli petit village de pierres blanches. Nous mangeons une glace sur une terrasse pendant que Charly fascine le port. Il nous faudra encore une heure pour dénicher le camping, où nous étions annoncés. Charly a toujours autant de succès, et le camping tout entier vient lui rendre visite. Il y a beaucoup de Suisses en vacances par ici, sur le canal et dans les campings. René est sûr d’avoir vu des chauves-souris, qui selon lui, chassent les mouches. Il est plus zen qu’hier, mais moi ça se discute. Charly a l’air heureux. Nous avons pu profiter de la piscine et du lave-linge du camping. La vie de randonneur s’en trouve améliorée...
Lundi 15 juillet 1996
60ème jour, Mirepeisset, Poilhès, 21km


Lever à 7h. Les campeurs ne nous ont pas trop dérangés hier soir. Nous avons eu une grande conversation et Sandra s’est endormie sur son matelas mousse, à côté du sac de couchage. Elle s’est pelotonnée contre moi au réveil.

Nous coupons en direction d’Argoliers pour rejoindre le canal, que nous suivons jusqu'au château de Preissan. Le chemin le long du canal n’étant pas ombragé, nous le quittons pour faire la pause le long de l’allée qui mène au château, invisible. Notre lessive finira de sécher entre deux arbres de l’allée, pendant que nous dégustons notre pique-nique. Un orage gronde au loin, et lorsque les nuages arrivent au-dessus de nous, les éléments se déchaînent. Le linge s’envole. Nous levons prestement le camp, et décidons de suivre la D1 jusqu'à Capestang, ce qui nous économise 4km de méandres du canal. Nous laissons l’orage derrière nous et nous échangeons quelques mots avec un américain à vélo, parti de Bruxelles, qui se prenait pour Kerouac. "
Qui est Kerouac ? ? ?

Déception à Capestang, car les rares hôtels ne nous veulent pas. Nous réservons un chambre d’hôte à Poilhès, et nous continuons jusqu'à ce village. Charly y est parqué au bord du canal. La maison est belle et nos hôtes accueillants. Durant la nuit, Charly réduira les six mètres de corde à sa disposition à un tortillon d’un demi-mètre. Il n’était pas du tout content d’avoir été abandonné là. Petite daube familiale au bistrot du coin, arrosée de rosé, bonsoir.

Nous avons trouvé une solution pour Charly. Rendez-vous demain soir au centre équestre de Béziers, où un camion nous emmènera à Valras plage. Charly va voir la mer !


Ils sentent la fin du voyage, et ils se croient tout permis ! Pourquoi devrais-je tolérer de dormir tout seul sur deux mètres carré d’herbe rase, quand j’entends bien que plein de gens plus ou moins douteux rôdent autour. J’ai essayé toute la nuit de me libérer, mais cette satanée corde a résisté.
Mardi 16 juillet 1996
61ème jour, Poilhès, Valras plage, 34km


Voilà, c’est la fin. Deux mois de marche avec Charly et une arrivée à Béziers, où nous décidons que nous ne bâterons plus notre âne pour le moment.

Ce matin, lever en catastrophe car le réveil n’a pas sonné. Petit déjeuner plantureux (le monsieur qui tient le gîte est anglais) et départ sous les flashs, car la propriétaire du Bed&Breakfast est tombée en amour devant notre âne. Nous marchons le long du canal jusqu'à Colombier. Petite halte pour téléphoner au centre pour confirmer notre transport de ce soir. Encore quelques kilomètres, et ce fut notre dernier pique-nique au bord du canal. On en est presque nostalgique.

L’arrivée en ville de Béziers est difficile. Le bord du canal n’est pas toujours entretenu, mais nous finissons par tomber sur une gigantesque écluse (il y en a en fait six ou sept à la suite), où l’on nous indique la direction à suivre. Charly aime les pauses glaces, parce qu’il finit toujours par avoir le fond de nos cornets. On voit des panneaux " centre équestre " et nous arrivons enfin. On débâte l’animal, on le laisse se rouler dans un paddock bien poussiéreux, et se reposer. Tout le centre équestre vient voir Charly, lui prendre les pieds, le nourrir, il vit sa dernière heure de gloire. Il ont une bardotte, bardette ?, qui se prénomme Daisy, et qui est étonnante. Charly ne daignera même pas la regarder.

La dame arrive à 18h15, et on charge Charly, qui me suit sans discuter. Il se retournera deux fois avant que l’on ne ferme la porte. En chemin, Nanou nous propose d’occuper le nouvel appartement qu’ils finissent dans leur maison, et qui est libre jusqu’au 27 juillet. Le pied ! Nous logeons donc à 50 mètres de Bigounet, dans un deux pièces équipé. Charly passera son séjour à Valras avec une ponette d’un an, Havane, qui est fascinée par ce nouveau compagnon. Charly n’est pas très aimable de l’arrière-main... Dès le lendemain, Havane aura repris le contrôle de la situation et assuré son autorité sur le zâne.

Nous mangeons une pizza sur le bord de mer défiguré par le tourisme, et René a tiré un petit lapin rose. Vive la Suisse.
Conclusion



Charly a vu la mer et il n’a pas aimé ça. Il a même complètement pété les plombs à la vue des cerfs-volants, parasols et autres matelas pneumatiques et multicolores.

Jôsiane nous a envoyé nos permis de conduire, puis nous avons attendu la disponibilité d’un véhicule de location.

Nous avons aménagé le bus de déménagement pour rapatrier notre âne préféré (plastic de chantier, moquette rose, beaucoup de paille, stock de carottes pour apaiser les petites faims du fauve). Après 5 jours passés à s’ennuyer (on a même essayé le bain de soleil, le pédalo et les mots croisés) dans un de ces bords de mer artificiels construits par le tourisme des années 70-80, nous avons retrouvé la Suisse, notre baignoire et notre cuisine le mardi 22 juillet 1996.

Nous ne savions pas encore que Morgane avait décidé de nous accompagner dans le bus du retour.



Départements traversés :

  • Savoie
  • Haute-Savoie
  • Isère
  • Loire
  • Haute-Loire
  • Lozère
  • Aveyron
  • Lot
  • Tarn et Garonne
  • Haute-Garonne
  • Aude
  • Hérault






Voilà, c’est la fin de l’aventure. J’ai retrouvé l’herbe de Chavannes-des-Bois, mon vieux pote Only You, mon amie Cayenne, son adorable petit monstre Ignace, qui n’arrête pas de me mordre les oreilles. Une vie simple d’âne gâté. N’empêche que j’ai quand même beaucoup appris durant ces deux mois. Que des souvenirs et d’émotions !

Finalement, je les aime bien, mes bipèdes !






Bassins, juin 1997

Morgane, Sandra et René Massy

February 22, 2012