3 novembre 2002. Beat et Pamino habitent Montricher depuis une quinzaine.
Pas encore très aguerris à la gestion du mulet de plus d'une demi-tonne, nous avions décidé de nous rendre au trophée du mulet de Leysin, histoire d'observer de quelle façon des muletiers d'expérience maîtrisaient les différentes difficultés annoncées dans le programme.
Rappelle-toi, Sandra, il pleuvait sur Leysin ce jour-là. Il pleuvait et il faisait froid. Mais la météo n'a aucune prise sur la magie de cette fête. L'ambiance dans le village tipis est certes enfumée, mais tellement chaleureuse.
Les mains enroulées autour du verre de vin chaud, nous avons observé les courses, le six barres, les gymkhanas. Nous avons vu des mulets piaffer d'impatience sur la ligne, puis faire brusquement demi-tour et partir au galop en sens inverse au moment du départ. Nous avons vu des mulets faire une bonne partie de la course en tête puis s'arrêter brusquement et refuser de franchir la ligne. Et nous avons décidé : Nous serons ici avec nos mulets l'année prochaine.
1er novembre 2003. Nous arrivons à Leysin en fin de matinée, en grand convoi, avec nos enfants, Morgane et Hugo, et Josiane, leur grand-maman.
Beat, Pamino et nous-mêmes avons fait de gros progrès durant l'année. Ils sont calmes au licol, ils ont appris au cours de nos randonnées et durant le TREC de Montricher à rester zen, même au milieu de chevaux trottinant dans tous les sens. Bref, ils sont bien dans leur poil et bien dans leur tête.
Ils sortent du van en saluant leurs copains de braiments joyeux.
Salutations, inscriptions, nous sellons et arrivons sur la piste pour ce qui devait être une éliminatoire de course plate. Mais c'est un derby VTT-mulet. Nous n'avons pas de cycliste dans l'équipe. Les organisateurs trouvent rapidement deux amis normands qui acceptent de faire la course à VTT. Lancés par les cyclistes, nous faisons notre tour de piste, Beat au galop en tête, Pamino dans une de ses allures favorites, le "ga-trot" : deux foulées de galop pour rattraper Beat, puis le trot parce que ce feignant de Beat n'avance pas, mais il est quand même hors de question que je passe devant, on ne sait jamais, il pourrait bien y avoir un lynx tapi derrière le chronomètre.
Nous tenterons encore deux éliminatoires pour le Trophée des Neiges, Sandra sent que Beat commence à se prendre au jeu de la compétition. Pamino, privé de cravache, a compris une autre facette du règlement: il ne finira plus un seul tour complet. "Mais ne t'énerve pas, là-dessus. Pourquoi est-ce que je me fatiguerais à suivre les copains, alors que si on reste tranquillement ici, ils finissent par revenir de l'autre côté."
Sandra et Beat ne parviendront pas à se qualifier pour la finale ce jour-là.
Nous rentrons les mulets dans les écuries de Silvio (merci pour eux), puis souper en famille sous les tipis et soirée avec les amis d'IGM.
Dimanche matin, nous récupérons nos mulets de luxe. Pamino a profité de la nuit pour jouer les Steve MacQueen, nous le retrouvons dans une autre stalle. Nous nous inscrivons pour la première éliminatoire. Et ça marche, Sandra se qualifie pour la finale du Trophée du Mulet en se classant deuxième. Quelle belle course. On se prend vraiment au jeu. J'ai le temps d'admirer la course de Beat, car Pamino va de moins en moins loin. Le moment du départ est magique, l'ambiance, les cris alentour, les concurrents qui partent au galop en gesticulant, ça va dans tous les sens, Pamino est pris aussi et démarre en trombe. J'essaie de lui coller le museau sur la croupe de Beat pour profiter de l'aspiration. Cinq foulées. Il passe au trot, ralentissant inexorablement, tirant vers l'extérieur. J'ai beau lui martyriser les côtes, il n'en a cure. Il accepte tout juste de revenir au trot jusqu'à la ligne d'arrivée, éventuellement de finir son tour derrière les mulets de course qui effectuent leur tour d'honneur.
Autre moment d'émotion, le six barres. Sandra part devant, j'ai oublié ma bombe. Beat franchit les deux premiers obstacles et refuse le troisième, effrayé par le geste brusque d'un commissaire qui voulait l'aider. Dommage car Beat a déjà sauté bien plus haut à l'entraînement.
J'arrive alors que Sandra termine. Malgré mon très bon niveau d'équitation de survie, je suis incapable de faire entrer Pamino sur la piste. Sandra et Beat devront nous accompagner jusqu'à la piste d'envol. Pamino refuse la première croix. Ah non, cette fois je ne suis pas d'accord, je te le dis bien fort dans le creux de l'oreille, tu vas franchir ces obstacles, tous. J'ai dû lui paraître suffisamment motivé, car après un autre refus, il franchit effectivement les 3 obstacles sans les toucher. On a de l'espoir pour l'année prochaine.
L'après-midi, nous participons encore à un gymkhana, en attendant la grande finale. Les mulets sont braves, mais nous manquons d'adresse au lancer. Il me semble les avoir entendu ricaner.
Et voici enfin la finale du Trophée du Mulet. Beat est calme et attend le départ sans s'impatienter. Sandra joue tactique, se décale légèrement sur la droite, prend un bon départ, et colle le trio de tête. Elle termine le premier tour en quatrième position. Le deuxième tour est de trop pour Beat, il perd sa foi et son souffle et termine sa course gentiment, économisant son énergie comme tout mulet sait le faire.
Les deux trophées de samedi et de dimanche ont été remportés par Putzie Urban Eyer et son mulet Yogi, petite bombe à longues oreilles. Même les meilleurs cavaliers normands et les très expérimentées coéquipières du team Gentinetta n'ont pas réussi à le battre.
Que d'émotions durant ce week-end. On a bien mangé, bien bu, beaucoup ri, très peu pleuré et on est une fois de plus très fiers de nos splendides mulets.
Un immense bravo à l'équipe organisatrice, tellement efficace et accueillante.
Ah, encore quelques mots : Merci Monsieur Silvio, et à l'année prochaine.